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Le Journal

Tunisie: l’INRIC quitte le « décor »

jeu..05.07.12
Mise en place après la révolution en Tunisie pour promouvoir un secteur longtemps mis à l'index, l'instance nationale pour la réforme de l'information et de la communication (INRIC) a annoncé mercredi qu'elle mettait fin à sa mission avant terme, dénonçant des velléités d'hégémonie de l'exécutif sur les médias.

Lors d'une conférence de presse, le président de l'INRIC, Kamel Laâbidi, a estimé que la situation du secteur, qu'il a qualifiée de « grave », ne permettait pas à son organe de poursuivre sa mission. « C'est un message fort que nous voulons adresser à l'opinion publique et aux autorités », a-t-il insisté.

L'INRIC appelle toutes les composantes de la société civile concernées par la défense du droit du citoyen tunisien à une information libre et indépendante, conforme aux règles professionnelles et déontologiques, à « agir d'urgence pour protéger ce droit qui est menacé, aujourd'hui plus que jamais ». Elle relève « l'absence d'actions concrètes qui reflètent une volonté politique réelle de jeter les fondements d'une information libre et indépendante, conforme aux standards internationaux ».

Refusant d'être un élément de « décor », Kamel Laâbidi a accusé le gouvernement dirigé par les islamistes d'"Ennahdha" de vouloir mettre la main sur les médias notamment publics, d'exercer des pressions et de recourir à la censure. La scène médiatique a été secouée ces derniers mois par des mesures controversées, des licenciements et des nominations à la tête d'établissements médiatiques.

Kamel Laâbidi, journaliste et militant des droits de l'Homme longtemps contraint à l'exil, a déploré que les recommandations du rapport publié récemment par l'instance, qui mettait l'accent sur les points noirs et les menaces qui pèsent sur le secteur, sont restées lettre morte.

Autre grief relevé: la non-application des décrets 115 et 116 publiés au Journal officiel visant à assurer la protection des journalistes et à mettre en place un mécanisme de régulation des médias audiovisuels, à l'instar de ceux qui existent dans les pays démocratiques, ce qui a engendré « un vide juridique » dans le secteur.


L'INRIC a été créée au lendemain du soulèvement populaire qui a fait chuter en janvier 2011 le régime de l'ancien président Ben Ali, dans le but de réformer le secteur des médias et d'en assurer l'indépendance.

L'annonce de la dissolution de l'INRIC a été précédée par une levée de boucliers d'organisations non-gouvernementales, mettant en garde contre « les menaces » qui planent sur l'indépendance des médias.

L'organisation de défense de la liberté de la presse "Reporters sans frontières" (RSF) a accusé mardi le gouvernement tunisien de tenter, à travers des limogeages et des nominations controversés, de contrôler les médias publics. Un cri d'alarme a été lancé simultanément par la Ligue tunisienne de défense des droits de l'Homme (LTDH) et 15 autres associations tunisiennes.

« Plusieurs indices attestent que la liberté d'expression en Tunisie est en péril, en l'absence d'un cadre institutionnel et législatif qui garantit cette liberté », tempêtent ces associations. Dans un communiqué commun, elles dénoncent « la persistance du gouvernement à prendre des décisions et des initiatives engageant l'avenir des médias, sans consultation des organisations professionnelles compétentes ».

Elles appréhendent « le risque de faire rater à la Tunisie l'opportunité d'accéder au statut de pays démocratique », en proclamant leur opposition à « toutes les tentatives des pouvoirs publics visant à dominer les médias et à les convertir, à nouveau, en un instrument de propagande et d'attaque contre leurs adversaires et opposants ».

AP



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