Tunisie : Sidi Bouzid, la nuit la plus longue d’Ennahdha
ven..10.08.12
Dès la fin de la prière du Maghreb, les affrontements ont repris de plus belle à Sidi Bouzid en prolongement des manifestations de la journée qui avaient dégénérées faisant cinq blessés, dont deux journalistes tunisiens, et des dizaines d’arrestations, suite à l’intervention des forces de l'ordre à l’aide de balles de caoutchouc et de gaz lacrymogène pour disperser les manifestants qui cherchaient à envahir le siège du gouvernorat.
Plusieurs partis d'opposition avaient participé à ce rassemblement, comme le Parti républicain (centre), le Parti des travailleurs tunisiens (communiste), et Al-Watan (la nation), contre le gouvernement dominé par Ennahda.
Même scénario dans la soirée entre quelques 800 protestataires de la ville contre l'intervention de la police dans une première manifestation et les forces de sécurité qui ont procédé à des tirs de sommation et de gaz lacrymogène pour disperser des manifestants bloquant la route principale de la ville pour demander la libération des personnes arrêtées plus tôt dans la journée.
L'intervention musclée de la police hier intervient au moment où l'opposition et la société civile accusent le gouvernement d'une dérive autoritaire et islamiste. Plusieurs ONG craignent une remise en cause de la liberté d'expression après l'introduction d'un projet de loi punissant de peines de prison les atteintes au sacré. Autre polémique, une proposition d'article de la Constitution évoque la complémentarité et non l'égalité homme-femme.
Différents mouvements d'opposition ont ainsi réuni quelque 200 manifestants jeudi à Tunis devant l'Assemblée nationale constituante pour dénoncer ces mesures. Quelques dizaines de manifestants ont tenté de forcer le portail de l'ANC, mais la police les en a empêchés. Ennahda rejette en bloc ces critiques, son chef, Rached Ghannouchi, ayant même accusé récemment des médias et des syndicats de "menacer l'unité du pays".
Aucune information sur des blessés n'était disponible dans la nuit alors que des affrontements avaient toujours lieu vers minuit. Fin juillet, la police avait déjà dispersé à Sidi Bouzid des dizaines de manifestants qui avaient attaqué le gouvernorat pour protester contre des retards de salaires.
Le Parti des travailleurs a, dans un communiqué, dénoncé l'usage de la force dans la matinée par la police et exprimé son appui aux revendications des manifestants exigeant entre autres le limogeage du gouverneur (préfet), du chef de la Garde nationale et du procureur de la république. Le parti communiste réclame dans son communiqué la libération de quatre manifestants interpellés jeudi, selon lui.
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